La France se dit le pays des droits de l’Homme, l’histoire nous apprend que les droits de la femme se développent réellement sous le XXe siècle et en
particulier après la seconde guerre mondiale. Pourtant les historiens de l’art en général ont totalement occulté les revendications de l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs qui fut pendant
près d’un siècle l’un des mouvements féministes des plus mondains mais aussi des plus efficaces, je pense qu’il est temps de rendre hommage à l’UFPS.
Sous ces initiales se cachent l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs qui exista de 1881 jusqu’aux environs des années 1990. Ce regroupement vit le jour
grâce à Hélène Berthaux (1825-1909), femme sculpteur de la fin du XIXe siècle qui revendiqua l’entrée des femmes à l’école des Beaux de Paris et réclama un fauteuil sous la coupole de l’Académie
des Beaux-Arts. Bien que très reconnue et appréciée à l’époque, Hélène Berthaux ne réussit pas à fléchir les autorités. C’est pourquoi en 1881 elle ouvrit une école des beaux-arts réservée aux
femmes françaises et catholiques dans sa demeure. Elle créa la même année l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs. Il faut noter qu’à cette époque seule l’académie Juilan accepte les femmes
depuis l’année 1880 mais elles doivent s’acquitter à des droits d’inscription deux fois supérieurs aux hommes. Marie Bashkirtseva (1860-1884), raconte dans son journal intime, l’ambiance
difficile de cette académie. Le but de ce regroupement initié par Hélène Berthaux est d'organiser un salon annuel et de promouvoir la production des artistes femmes françaises et catholiques. Il
faut noter que cette restriction est une volonté de se concentrer sur la position de la femme et non de combattre toutes les injustices. D’autant plus que dans les faits la religion n’aura pas
tant d’incidence que les statuts les prévoient puisque la baronne de Rotchild sera une des présidentes honorifiques bien des années plus tard. Cette association, reconnue d’utilité publique dès
1892, a accomplie sa mission jusqu’en 1990. Elle compte plus de 600 membres en 1942. Ses présidentes célèbres comme la duchesse d’Uzès ou la baronne de feu James de Rothschild permirent de
considérer ce salon annuel comme un événement mondain très couru. Chaque année l’association organise un grand salon où les femmes peuvent vendre elles-mêmes leur travail, jusqu’à plus de 1500
toiles seront exposées. Le lobbying mondain que va exercer l’association sera de grande importance, car la plupart des femmes présentes dans l’association comme Madeleine Smith-Champion
(1857-1940) sont de véritables bourgeoises entretenant une maison avec une importante domesticité et se présentant aussi comme artiste. Leur revendication ne sera jamais violente mais tout aussi
efficace, par leur moyen financier, par l’organisation de mondanités, elles arriveront à montrer que les femmes aussi peuvent s’organiser et se vendre par elles-mêmes. Il faut signaler que les
femmes furent acceptées aux Beaux-Arts en 1896 et qu’elles participèrent enfin au prix de Rome en 1903 (Lucienne Heuvelmans sera la première à le remporter en 1911 en sculpture et Melle Odette
Pauvert en 1925 pour la catégorie de peinture). Ces victoires sont l’héritage direct du prosélytisme de l’association.
Pourtant je suis surpris par le fait que rare sont les personnes, même parmi les spécialistes, qui connaissent l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs et son
rôle dans l’histoire de l’art. Et je considère dramatique que l’histoire du féminisme soit ainsi méprisé. Durant mes recherches, le document le plus fournit que j’ai trouvé n’est pas très
glorieux. Puisqu’il a été établit en 1942 par la préfecture de Paris lors du recensement de toutes les associations de la capitale sous la demande de l’occupation allemande. Le but initial était
de connaître les associations dangereuses envers le régime et de les dissoudre. L’UFPS survécut à la guerre et organise ensuite encore de belles expositions au palais de Tokyo dans les années 60,
mais l’association disparut dans les années 1990 sans laisser d’archives, ni de documents. La perte pour l’histoire de l’art et de l’évolution de la société est irréparable.
Thierry Tessier, historien d'art
Voici un bref historique reconstitué :
L’union des Femmes peintres et Sculpteurs
1881 Manifeste du 7 août 1881 dans le journal Henri
IV par Bertaux.
1882 25 février 1882 premier salon de l’UFPS salle Vivienne
1892 16 juin 1892 Décret d’utilité publique de
l’UFPS
1896 femmes rentrent aux beaux arts grâce en partie à l’action militantiste de l’UFPS
1903 18 décembre 1903 Virginie Demont-Breton démissionne de la présidence de l’UFPS pour des soucis de
politique, il semble que l’association est essuyée des rumeurs de féministes voir pire mais aucune information précises pour le moment.
Nouveau bureau en 1903 :
Présidente d’honneur : Duchesse d’Uzès.
Présidente : Mme Huillard
Vice présidente Mme Faux-Froidure
Secrétaire : Mme Guillaumot-Adam.
1914 15 mai 1914 :
diner de l’UFPS : 178 sociétaires y assistent table d’honneur : la duchesse d’Uzès et R. Collin et d’autres personnalités.
1922 Catalogue du 40° salon annuel de l’UFPS organisait au Grand Palais
les membres d’honneur de l’union étaient :
_Emile Loubet
_Baschkutseff
_Chauvin
_Guy
_Herbet
_Houdart
_Duchesse de Luynes
_Fanny, Marc
_Comtesse de Martel
_Peyrol
_Baronne James de Rotschild
_Roger Ballu
_Duchesse d’Uzée( née de Luynes) (1847-1933)
1934 figaro du 16-07-34 par Jean Louis Vaudoyer :
Duchesse de la Rochefoucault poète au pseudonyme de Gilbert Mauge fait partie de l’UFPS.
1942 Archives de la préfecture de Paris :
15-12-1942 (M/D 24.12.42)
L’association dite « union des femmes peintres et sculpteurs » fondée en 1888 a été déclarée d’utilité publique par décret daté du 16 juin
1892.
Son siège social est situé depuis de nombreuses années au 126 Bld Pereire à Paris (17).
Aux termes de ses statuts cette association a pour but de représenter et de défendre les intérêts généraux des femmes artistes, de produire leurs talents,
notamment par l’organisation d’expositions annuelles.
Elle se compose de membres titulaires et de membres titulaires et de membres d’honneur.
Sont membres titulaires, les femmes artistes qui par demande écrite, adressée à la présidente, auront été agréés par le comité. Les nouvelles sociétaires
devront signer suivant le nouvel arrêter par le comité leur adhésion aux membres statuts.
Le statut d’honneur peut-être conféré gratuitement aux personnes qui ont rendu les services à l’art ou à la société ou par la participation de 30 francs
maximum. (…)
Les fonds proviennent :
_Cotisations de 25fr.
_Legs et dons
_Subventions
_Action à titre exceptionnels (quête, loterie)
_Droit d’entrée aux expositions et la vente du catalogue.
Les fonds sont affectés à :
_L’organisation d’exposition annuelle
_Création d’un fond de réserve
_Publication du « Journal des femmes artistes » envoyé gratuitement aux sociétaires. (…)
le Bureau :
_Présidente : Mme Debillement-Chardon.
_Vice Présidente : Mme Frévrille
_Vice Présidente : Mme Girardet
_Trésorier : Mme Vion
_ Secrétaire : Melle Michaux (…)
Ces femmes ne faisant pas partis du fichier du service juif, ni de mouvement politique (…)
L’association compte 400 adhérents.
1944 L’UFPS organise dans le cadre de son salon trois conférences au palais de Tokyo le 5 février 1944 sur «
Louis Hervieu l’artiste, l’écrivain et la femme d’action » par M. Marc Chesnau vice président de la société des poètes Français. (peinture de Louis Hervieu dans le salon carré)
1990 Dialogue et UFPS organise une exposition ensembles.
Bibliographie limitée :
dictionary of woman artists/ edition Delia Gaze- London, Chicago, Fitzroy Dearborn publ. 1997 (2volumes) p 253
Lami S. Dictionnaire des sculpteurs de l’école française au XIX° tome I p108-111.
Bénézit