Le néo figuratif, un art accessible ?

Publié le par Thierry Tessier historien d'art

Depuis quelques années l’art contemporain semble ressentir un frémissement du retour au figuratif, voir à l’hyperréalisme.  La question que j’aimerai développer s’articule autour de cette résurgence. Pourquoi un tel retour après l’abstraction ?

Pour avancer une hypothèse, nous devons envisager l’art contemporain sous la vision du marché de l’art car l’art se vend, autant aux musées, qu’aux institutions et et aux particuliers.

 

Sous l’ancien régime nous avions deux types de mécènes : le privé et les Grands sous couverts d’institutions ou de gouvernements (les rois, papes et autres grands princes). Durant plus de 5 siécles l’art s’est partagé entre ces deux commanditaires, avec pour le domaine du privé, une attente intimiste, tandis que les grands recherchaient un art ostentatoire, d’où une évolution de la peinture d’histoire avec des formats de plus en plus importants (tels Lebrun sous Louis XIV). Le grand bouleversement se fait à la fin du XVIIIe siècle, avec la création des premières grandes institutions muséales ouvertes au public : le British muséum en 1753 et le Louvre en l’an V (1793). Ces premières institutions nationales de grande ampleur ne vont cesser de s’accroître durant les deux siècles suivants. Au début du XXe siècle, le monde compte plusieurs grands musées qui ont littéralement vidé le marché de l’art des plus belles pièces disponibles. C’est à partir de cette date que faute de « matière premières » le marché de l’art contemporain va se séparer des « antiquités » pour profiter au mieux du système. Car les artistes au cours du XIXe se sont habitués aux salons et aux commandes d’état qui correspondent à la gloire posthume pour tout artiste. Au cours du XXe siècle, cette tendance va s’amplifier avec la constitution des musées d’art contemporains qui vont donner l’occasion aux artistes de présenter des œuvres décalées, inclassabes, disproportionnées, dérangeantes et souvent excessives. En effet les musées, tels que Beaubourg ou la Tate modern qui n’hésitent pas à acheter des millions pour des œuvres de commande entraînent une surenchère des œuvres décalées. Beaucoup d’artistes aujourd’hui ne considèrent plus la clientèle privée comme intelligente ou amatrice d’art et ne désirent qu’être exposé au saint des saint : l’un des trois grands musées d’art contemporains. Pour y arriver ils s’en donnent les moyens, happening, œuvres de tailles colossales, installations. Ces œuvres d’art sont faites pour des espaces totalement muséaux qui s’éloignent de plus en plus de la vie pour ressembler à de grandes boites de béton vides que l’on remplit avec des palmiers lumineux en se poudrant le tout de faux beaux sentiments d’humanitaire. L’art contemporain muséal c’est totalement détaché de la société contemporaine et nous assistons à un réel schisme entre les partisans et les détracteurs de ces institutions. Elles entraînent un élitisme de l’art, une intellectualisation du concept, une pédentisation artistique. Le mot est fort, mais souvent juste. Les vernissages des musées d’art contemporains en sont la preuve : 5 000 invités, sponsors, jeux de lumières, show, défilés. Tout un univers si importants que l’on en oublie l’œuvre en elle-même. Mais réfléchissons raisonnablement, sur le long terme. Qui verrait chez lui un palmier lumineux de 5 mètres de haut, ou une tour en béton armée de 25 mètres ? Le marché privé n’adhère pas en général à cet art, car il ne s’y reconnaît pas. C’est pourquoi on constate un vif retour du figuratif pour une clientèle privée qui veut pouvoir posséder de l’art chez soi sans être obliger de faire un trou dans le plafond ou d’installer une centrale électrique pour éclairer les 1 000 diodes d’une applique géante. Ces néo-figuratifs, comme Elena et Michel Gran s’inscrivent dans une recherche de l’esthétique, une nouvelle esthétique pour être précis. Pour eux avant tout l’art doit être beau. Ne confondons pas avec décoratif qui serait péjoratif. Ces artistes comme Stuart Luke Gatherer dans la peinture ou Nan Goldin dans la photographie présente un univers sombre mais avec une esthétique captivante qui trouve un public large d’où des prix tout à fait correctes (plus 70.000€).

Si nous avons une vision globale du système, il ne faut pas opposer l’art le néo-figuratif à l’abstraction, mais plutôt comme une visibilité d’un refus de l’institution muséale qui fonce à tombeau ouvert vers un elistisme de l’art. Tout le monde le répète l’art contemporain vient du conceptuel qui découle de l’abstraction qui suit le cubisme lequel  par opposition du néo-classicisme…Si nous remontons dans l’art nous constaterons qu’une seule réellement rupture avec la peinture de la seconde Ecole de Fontainebleau, mouvement peu connu de la fin du XVIe siècle en France. Suite à la renaissance, les artistes ne pouvaient surpasser les trois génies que sont Raphael, Michel Ange et Léonard, ils devaient donc procéder autrement et ils ont créer le maniérisme, très rapidement cet art c’est complexifié de plus en plus pour atteindre la seconde école de Fontainebleau qui a des accents de fauvismes (voir Angélique et médor de Toussaint Dubreuil, 1575, Louvres). Cet art était devenu si abscons pour les mécènes et contemporains qu’il dut être abandonné.

Actuellement l’art contemporain muséal s’appuie sur un seul principe : l’originalité. La primauté de l’idée, du concept a pris le dessus sur l’œuvre elle-même. Depuis Picasso et Kandinsky, chaque artiste doit trouver et imposer une nouvelle notion, un nouveau développement conceptuel. C’est une fuite en avant, une course perdue d’avance. Les musées n’offrent des crédits qu’aux artistes qui proposent quelque chose de différent, de sensationnel. Nos filons vers l’art spectacle ou le spectateur est prisonnier d’un système qu’il ne comprend pas. Actuellement les gens sont si éloignés du système muséel contemporain qu’il préfère en rire. L’instrusion de l’humour dans les œuvres récentes n’est pas un fait du hasard, il permet de dédramatiser une conceptualisation boutiste du système.

Le néo-figuratif semble de plus en plus trouver sa niche auprès du public de connaisseurs qui peuvent se créer un référenciel, tandis que l’art contemporain muséal s’articule sur une complexification grandissante limitée à quelques esthètes qui ouvre la voix vers une création d’une fracture culturelle. La question que nous pourrons voir est l’émergence de musées internationaux qui vont se transformer en multinationale comme le Louvre, est-ce que cette tendance va permette de réconcilier l’art contemporain et le spectateur ? Où va-t-on poursuivre vers une fuite en avant…

Commenter cet article

Thomas 18/06/2007 17:21

Salut!

je comprend un peu ton article mais je trouve ton propos trop.. disons extreme. L'art est une forme d'expression , et l'expression n'est pas forcément belle. Aurions-nous eu Guernica si le beau primait ?